• Nadia Sidhoum

Enseigner la fraternité

22 juin 2020,


Ça y est! C’est le déconfinement total. Toute la France est passée en zone verte et les frontières européennes ont rouvert. Les élèves du primaire et du collège, sans exception, doivent reprendre le chemin de l’école pour les deux dernières semaines de l’année scolaire.

Comment vont-ils se retrouver ? Comment vont -ils reprendre « leur vie d’avant » laissée en

suspens de longues semaines ? Quelles traces ce retrait du monde aura laissé chez eux : le fait de se distancier, d’être masqué, confiné, isolé, face aux écrans et aux jeux-vidéos. Qu’est-ce que cette expérience de la solitude et du temps différent aura changé à leurs valeurs humaines, leur relation aux autres, leur rapport au monde, aura réveillé de leur fraternité endormie?


La fraternité, dernière valeur de la trilogie inscrite sur tous les frontons des écoles de la

République, après la liberté et l’égalité, m’interpelle. La fraternité ? Parce que « le monde

d’après » qui commence dès maintenant, celui des lendemains du COVID-19, ne doit pas être la répétition de l’avant, mais une réponse éclairée aux défis qui se posent : environnement, santé, éducation, et en transversalité, la question des équilibres et des solidarités entre les êtres humains et au-delà des humains, par une fraternité englobante, élargie à tous les règnes du vivant.


Si la fraternité est au centre de mes interrogations, c’est par ce qu’elle nous permet d’avancer dignement, respectueusement, toutes générations et origines confondues, au nom de notre humanité commune, qu’elle favorise le lien, crée l’union entre les personnes.

Alors, comment l’enseigner aux enfants cette valeur cardinale constitutive de l’humanisme et

du vivre-ensemble ? Car s’il existe des lois, des règlements et des tribunaux pour défendre la

liberté (de penser, de croire, de prendre la parole, de publier, de se réunir, toujours dans le

respect de la loi), l’égalité (des droits, des enfants, entre les hommes et les femmes...), il

n’existe rien de comparable juridiquement pour garantir la fraternité. Elle ne se décrète pas.

Elle n’est pas protégée par la loi. On peine même à la définir concrètement.


Un outil en particulier mérite toute notre attention : les ateliers philo jeunes dès la maternelle et le primaire, appelés parfois DVP (discussion à visée philosophique). En effet, ces ateliers sont particulièrement adaptés à l’enseignement de la fraternité, par les débats et l’écoute respectueuse de la parole de l’autre qu’ils mettent en place, dans un cercle où chacun est à égale distance du centre et dans lequel il n’y a ni premier ni dernier, on écoute avec bienveillance et sans jugement les différents points de vue, on réfléchit avant de prendre la parole, on construit sa pensée...

C. Budex nous le rappelle : « Dans ses modalités mêmes de discussion argumentée en

commun, la DVP constitue une expérience fraternelle de l’égalité qui travaille tout

autant l’identité que la différence des enfants. Elle est une expérience vécue de l’identité qui

rapproche les corps et les esprits dans le partage des émotions et des idées ». (Pratique de la philosophie et fraternité : un levier pour lutter contre les inégalités, les cahiers du CERFEE, 2019), elle rappelle l’égale dignité de tous les êtres humains.


La fraternité s’enseigne chaque jour, à chaque instant, dans le vécu et par l’exemple. De ce

point de vue, le rôle des enseignants et des parents est primordial. Pour ma part, je vois aussi la fraternité comme un chemin que l’on arpente en suivant des petits cailloux-balises qui ont pour noms : bienveillance, empathie, partage, respect, solidarité, compassion, courage... La fraternité est un tissage fait de toutes ces belles valeurs. Pour être vivante, elle doit être nourrie, fortifiée, au quotidien. Cela est à la portée de chacun, pourvu que l’on nous enseigne à le faire...


Pour faire vivre cette fraternité englobante, nous avons aussi besoin d’avoir de l’espoir, de

donner du sens à nos actions, de croire, en nous, aux autres, en la vie. En ce premier quart du XXIème siècle, les jeunes reçoivent de nous une Terre qui va mal et ils le disent en manifestant, en marchant pour le climat. Ils sont la génération charnière qui peut encore changer la donne, redresser la barre, préserver la beauté de la Terre et sa biodiversité.

La fraternité rend tout cela possible.


Nadia Sidhoum

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